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La politique des publics et acquisitions

Cliché auteurs

Une bibliothèque pour qui ?

Dès le départ, le projet de la Très Grande Bibliothèque prévoit l’ouverture à tous. Il ne s’agit plus de créer une bibliothèque dédiée aux seuls chercheurs mais d’offrir au grand public des espaces de consultation libre. Très vite, la difficulté concerne le nombre de places à attribuer au public et aux chercheurs. Ces derniers craignent dans un premier temps que le nombre de places leur étant réservées diminue et que l’accès à un ouvrage soit rendu plus difficile, mais rapidement, le choix de séparer bibliothèque de recherche au Rez-de-jardin et bibliothèque publique dans le Haut-de-jardin fait taire les inquiétudes.

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En octobre 1992, Jack Lang et Emile Biasini commentent l’aménagement intérieur de la future BnF à la suite de la diffusion de la nouvelle maquette de Dominique Perrault. Le Haut-de-jardin comportera donc 1550 places, avec notamment un espace actualités, ainsi que 400 000 volumes en libre accès, alors que la bibliothèque de recherche possèdera 1850 places, avec 500 000 volumes sur place et les 11 millions présents à la Bibliothèque de France.

 

Lors de l’ouverture du Haut-de-jardin, on espère une bonne fréquentation des salles ouvertes au public. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. On met en cause le fait que le bâtiment soit excentré et encore mal desservi par les transports en commun. De plus, pour certains, il existe encore une barrière invisible qui fait penser que cette grande institution est réservée aux seuls chercheurs. 
 

By Leon (Flickr: R0010909-61) [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

La question de l'informatique et du numérique

By Leon (Flickr: R0010929-78) [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

L’un des grands défis de la nouvelle bibliothèque est bien sûr le développement des technologies numériques au service des utilisateurs. Dès 1989, Pierre Jovanovic prévoit dans le Quotidien de Paris que « la grande bibliothèque sera entièrement informatisée et numérique ou ne sera pas ». Devant l’essor des nouvelles technologies et toutes les nouvelles possibilités qu’elles offrent, on parle de numériser l’ensemble des documents de la bibliothèque. Le rapport Cahart-Melot, publié en juin 1989, soit dix mois après sa rédaction, propose déjà la numérisation des livres les plus demandés. Certains avancent aussi que le dépôt légal deviendra exclusivement numérique dans les décennies à venir et une réflexion est lancée sur l’utilité de constituer un réseau numérique de bibliothèques couvrant tout le territoire, lié à un catalogue accessible en ligne. Il s’agit donc d’enrichir les services aux lecteurs par l’utilisation de l’informatique.

 

Outre l’informatisation des collections et la mise en réseau des informations, les initiateurs du projet imaginent une bibliothèque « ouverte à l’audiovisuel ». C’est d’ailleurs en ce sens que Jean Tulard s’exprimera lors du colloque                    « Bibliothèque de France, bibliothèque ouverte », en septembre 1989.

Une autre question soulevée lors de l’exposition du projet est l’utilisation partielle ou totale de la mécanisation dans les magasins. Certains imaginent un fonctionnement de type « jukebox », où l’intervention de l’homme ne serait pas nécessaire, mais Serge Goldberg finira par pencher vers une semi-automatisation du travail des magasiniers. Les tâches seront facilitées mais les magasiniers seront toujours nécessaires au processus de distribution des ouvrages. L‘objectif est de réduire le transport d’un livre à moins d’une demi-heure.

 

Début octobre 1997, un projet d’ampleur est dévoilé. Il s’agit de la bibliothèque numérique Gallica. La polémique fait alors rage quant au risque de voir les outils numériques remplacer les ouvrages papier. Mais Jean-Pierre Angremy répondra aux frileux : « Je ne suis pas d'accord avec ceux qui affirment que l'ordinateur va tuer le livre […] A condition qu'on les utilise à bon escient, les progrès de l'informatique vont faciliter l'accès à des documents aussi inaccessibles que, par exemple, les œuvres de Montaigne. » Pour lui, le numérique servira donc la cause de la littérature et ne jouera pas en sa défaveur. Pour Jean-Pierre Angremy, alors président de la BnF, Gallica est même le symbole de l’entrée de l’institution dans le troisième millénaire.

 

Mais alors que le projet est présenté comme novateur, utilisant les nouvelles technologies pour enrichir l’expérience des lecteurs, la BnF ne décompte en 1996 que huit postes internet pour plus de 1900 places de lecture dans le Haut-de-jardin. Il faudra attendre 1997 pour que ce nombre monte à 17 postes.

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